Sapelogie

lundi 9 août 2010
par  Gauz
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Sapelogie, science qui a pour objet l’étude du vide par l’expérimentation du ridicule.

Il y a plus de 30 ans, la Côte d’Ivoire découvrait avec stupéfaction une bande de congolais attifés de toutes sortes de fibres textiles et bariolés de toutes les couleurs de la palette chromatique. Du crocodile au kangourou en passant par le varan ou le nubuck, ils portaient des chaussures aux cuirs les plus inattendus. Cela devait probablement avoir un effet sur leurs pieds parce qu’ils marchaient comme dans le mythique « ministère des démarches imbéciles » des mounty pythons (ministry of the silly walks).

Ils s’appelaient les « sapeurs » et pour la première fois dans le pays d’Houphouët-Boigny, on connaissait des gens pour les vêtements qu’ils portaient et non pour ce qu’ils savaient faire. Djo Ballard était leur porte-étendard, Papa Wemba, leur porte-voix.

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Délestages, crise économique, épuisement du modèle politique, l’ambiance était morose. Djo Ballard et sa clique étaient les bienvenus pour nous faire penser à autre chose, à défaut de nous faire carrément rêver.

Exhibitions, cérémonies, défilés, spectacles, Djo Ballard était de tous les shows en Côte d’Ivoire, égrenant sans cesse les mêmes marques de vêtements et de chaussures qui arrachaient des cris d’admiration à un public ignorant la différence entre le tergal et le « super 100 ».

En Europe ce mouvement de sapeurs venus de Brazzaville, suscitait la curiosité et les rires sous cape. Papa Wemba, en profitant de la crispation général des zygomatiques, plaça sa voix de rossignol et ses compositions éclectiques. On découvrit que les habits bigarrés flottaient autour d’un immense artiste. Ce que 10 ans de carrière dans le Zaïko Langa Langa n’avait pas réussi, des bouts de tissus et un discours d’halluciné l’avait fait. Sa formidable carrière internationale pouvait commencer.

Puis les années passèrent. Djo Ballard, agressé et dépouillé dans un obscur maquis de Yopougon, jura de ne plus remettre les pieds dans le pays. Papa Wemba lui, inondait les ondes et les lecteurs de cassettes de ses chansons à succès.

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Il paraît que les époques produisent toujours les gens et les phénomènes qui la caractérisent. Si tel est le cas, soit nous n’avons pas changé d’époque, soit nous sommes en pleine régression. C’est l’impression que donnait la grande messe de la sapelogie organisé au palais de la culture ce 8 mai 2010. Wemba était encore là. Djo Ballard devait aussi être là mais fut empêché par une maladie. Il y avait Ben Moukacha, le créateur de la sapelogie. L’un ou l’autre, peu nous importe. La différence est très mince entre deux individus qui ne se distinguent que par la cherté des vêtements qui les couvrent. La sapelogie est devenu religion. Ben Moukacha en est désormais le pape. La salle François Lougah en sera le temple pour un soir. L’office commença par des chants, comme dans toutes les églises : quelques playback médiocres censés chauffer un public qui avait attendu plus de 2 heures que se montrent les premiers diacres de la sapelogie.

Puis, fut lancé le concours de sape. Il devait couronner les meilleurs disciples, les plus zélés, les plus sapés. Ben Moukacha himself présidait le jury. Il réveilla la salle assoupie avec sa fameuse prière à la Sapelogie. On venait de rentrer dans la partie comique du show. Quand défilèrent les premiers apprentis sapelogues et sapeurs, les rires devinrent carrément francs. Ces disciples-là étaient vraiment bons. Ils ne s’étaient épargnés aucune faute de goût pour plonger dans les abysses du ridicule. Vivement la grand-messe et le grand prêtre Wemba.

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Accompagné de l’orchestre Kitoko, un sympathique orchestre de rumba et de variété qui sévit dans les « bars-à-live » d’Abidjan, Papa Wemba aligna ses grands tubes et irradia la salle de son charisme. La mécanique de sa voix était toujours aussi redoutable et avec ses compositions relevant désormais, quasiment du domaine public, c’est une salle en délire qui reprenait ses chansons à l’unisson. Il suintait de l’humilité de cet homme qui tenait toute la salle en son pouvoir artistique. L’humilité de l’homme qui travaille, de l’homme qui détient un savoir faire inimitable, l’humilité de l’homo sapiens sapiens ; l’homme qui sait qu’il sait. Cela contrastait fortement avec la première partie du spectacle et toute cette vanité bruyante du tonneau vide. Comme le clame Ben Mounkacha, « O grand sapelogue, ôte sur (sic) mon chemin tous les bandits qui veulent faire du mal à mes vêtements »… parce qu’en dessous, nous sommes nus !

Délestages, crise économique, épuisement du modèle politique, l’ambiance est morose, Djo Ballard et sa clique sont de retour.

GauZ, le vengeur démasqué.


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